• Karine Pho

Les mots représentent

« Je dédie cette nomination à toutes les petites filles ».

Le 16 mai 2022, Elisabeth Borne est nommée Première Ministre, plus de 30 ans après Edith Cresson. Elle a une fonction de très haute responsabilité et son rôle lui confère un rôle évident de représentation du gouvernement. Ce contexte, somme toute historique, me pousse à vous partager quelques réflexions linguistiques.


La communication consiste à faire passer un message aux bonnes personnes, cela passe par les images et par les mots.

Il est essentiel d’utiliser les bons mots : Les bons mots à des fins de parfaite transcription des idées : vous savez à quel point la précision mais surtout la justesse sont importantes à mes yeux.

Les bons mots aussi à des fins évidentes d’efficacité de réception du message par les destinataires et destinatrices.

Par ailleurs, les bons mots permettent à des concepts, des sujets d’exister, de prendre forme dans l’esprit des personnes.

La question de la représentation de chacun et chacune par les mots est essentielle. En français, le masculin est communément utilisé comme genre générique*, avec la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin, depuis la réforme du 17ème siècle**. Bien entendu, cela permet d’alléger le langage à l’usage, cela permet d’éviter de se demander de quel genre est le groupe le plus nombreux (pour répondre ainsi à la loi du nombre).

Pour autant, le fait de nommer rend visible, cela rend visible le rôle des femmes dans la société, dans la vie économique. Il est également prouvé que le fait d’utiliser le genre masculin comme générique ou neutre active moins de représentations de femmes auprès des personnes (que ce soient des femmes ou des hommes).

Rendre visible les deux genres permet à chacun et chacune de s'identifier, précise le propos et donc rend le discours plus efficace. Ceci fait également partie de la stratégie des petits pas, chaque petit changement a son impact, à la manière du battement d’aile d’un papillon au Brésil.


Et concrètement ?

Du plus affirmé qu’est l’écriture inclusive à des moyens consensuels que sont le choix de mots englobants (qui englobent le masculin et le féminin : une personne, l’humain…) ou de mots épicènes (qui peuvent s’employer au masculin ou au féminin sans changer : le ou la responsable…) ou le fait de féminiser chaque métier, chaque fonction… Différentes actions sont possibles. Le tout étant d’être bien clair auprès de tous et toutes sur les règles à utiliser au sein d’une organisation, pour avoir un discours unifié.

Oui bien entendu, à titre individuel, cela demande d’y penser, de changer ses réflexes, cela n’est pas forcément automatique. Par ailleurs, tout cela n’est pas une question d’esthétique mais d’habitude. Quand vous aurez entendu 20 fois autrice plutôt qu’auteur, vous ne vous poserez plus la question de l’esthétique.

Karine Pho, Consultante et Maîtresse de Conférences Associée


* « Le masculin n’est pas un genre neutre mais un genre par défaut. » Anne Abeillé, linguiste. « En français, le neutre n'existe pas : un mot est soit masculin, soit féminin. » Eliane Viennot historienne et professeure de littérature.

**Au Moyen Âge, l'usage est d'employer systématiquement des formes masculines et féminines. Grammairiens et lexicographes imposent la règle du masculin qui l’emporte sur le féminin au 17ème siècle : « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte » Dominique Bouhours, grammairien, 1675. « Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » Nicolas Beauzée, grammairien, 1767.